Commugny, les 3 et 5 octobre 2009

Cours d’introduction à la communication non violente (CNV)

Ce matin d’automne, je me dirige vers Collex, bourgade genevoise que je rejoins plein d’espoirs d’apprendre, sans emprunter la voie directe qui relie Lausanne à Genève, mais par les chemins de campagne. Dans une salle en plein milieu du village, Marie, et Anne Bourrit, accueillent les participants (14 femmes et 2 hommes). On sent aux premiers contacts de chacun et chacune, déjà, une volonté, un désir de parler. Les plus réservés répondent poliment, alors que d'autres, plus extravertis, essayent un échange en buvant un café ou un thé. D’autres ont plaisir à se retrouver avec Anne. Tout au long des ces journées, je constaterai et approuverai le ravissement de la connaître.

En guise d’introduction, elle nous explique son intérêt et sa totale motivation pour la CNV. Qu’elle a apprécié la première rencontre avec Marshal Rossenberg, qui a assemblé et étudié la manière d’entretenir des discussions sans violence, ce qu’il identifie être une communication sans jugement, ni critique. Cette entrevue avait eu lieu, il y a déjà 20 ans. Et depuis, elle ne cesse de s’émerveiller de la justesse et de la simplicité du concept. Elle nous rassure également et volontairement elle s’attendrit sur sa joie de recevoir les premiers commentaires. C’est déjà un partage enrichissant de connaissances qui permettent un lien dans le groupe qui se constitue pour l’occasion.

Les chaises ont été préparées en cercle, elles sont occupées pour une première présentation. Chacun avec humour ou sérieux, exprime son sentiment de cette précieuse rencontre et explique les besoins de vouloir participer deux jours à la connaissance de cette manière (c’est un outil) de communiquer afin d’enrichir ses relations avec l’autre.

Ensuite, Anne propose le planning de ces deux journées. Elle résume les quatre phases de la CNV et son principe qui est accessible et élémentaire à comprendre, un peu plus compliqué à appliquer. En effet, son adhésion est une utilisation d’un vocabulaire entièrement inédit à assimiler, car l’approche de la relation et de sa compréhension n’apporte pas de blocage à la discussion. La CNV est également acceptée comme un art de vivre en maitrisant un regard innovateur et transformé sur soi et sur les autres.

Marshall synthétise les deux types de phrases que les gens emploient : soit merci, soit s’il vous plait.

Avant de dessiner deux personnes en relation pour imager la CNV, Anne nous informe que parler n’est pas communiquer. Que nous avons été formatés par nos croyances, notre éducation et par les règles ancestrales et les institutions.

Que le langage employé par toute personne ne correspond pas au besoin essentiel de vivre en paix. Car nous émettons instinctivement des jugements dans nos dialogues. Et, il est nécessaire, pour mieux être en relation empathique, de procéder à une écologie relationnelle en dédramatisant les jugements inconsciemment utilisés.

Les quatre phases de la CNV se mettent en relation avec quatre états. La CNV, c’est également l’expression et l’écoute entre deux personnes, mais il est définit que jamais on ne peut interagir ces deux méthodes en même temps.

1.

Observation objective d'un fait réel  (sans jugement - ni critique)

Le mental

2.

Expression de ses sentiments

L’émotionnel

3.

Lien aux besoins personnels

Le vital

4

Formulation d’une demande claire réalisable immédiatement

L’action

La CNV est aussi l’œil de notre conscience qui motive l’intention et l’état d’esprit, tout en observant aussi le comportement de notre corps (mental et physique).

Pour démontrer la théorie abondamment expliquée par des exemples très précis, Anne avec compétence transmet les réponses aux questions ou commentaires complémentaires apportés par l’un ou l’autre des auditeurs. Très appliqués à son écoute, car assoiffés de connaissances et d’expériences justifiant cette théorie de non violence, les intervenants s’efforcent également de répondre aux désirs de travaux pratiques recommandés. Toujours attentives, Anne et Marie circulent dans les groupes de travail constitués, pour conseiller, remettre dans l’objectif les participants qui dévient un peu du sujet suggéré.

Ensuite reprenant tous ensemble, un exemple choisi par l’un des quatre groupes, un de leurs cas est discuté. Avec une grande maitrise, Anne coordonne, donne la parole à tour de rôle à chacun désirant émettre une expérience ou illustrer par une image ou un fait vécu les propos tenus.

Les sujets proposés de ces jeux pratiques sont tirés de la sphère privée, de l’amitié ou de la sphère professionnelle. Plein d’émotions ressortent des exemples retenus. Les explications, remarques et les propositions de phrases différentes proposées par Anne démontrent que la communication non violente pourrait améliorer beaucoup plus rapidement les conflits. En effet, l’énoncé exact des observations, sans jugement ni critique permet de continuer ou de ne pas bloquer la communication, car l’autre n’est pas blessé par les propos tenus.

L’expression du langage en utilisant le sujet ‘JE’ au lieu du ‘TU’ pour exprimer ses sentiments et ses besoins assouvis ou inassouvis empêche l’autre d’être offensé et ne va pas couper la discussion. C’est donc la preuve que la relation est améliorée.

Une description générale des besoins est relatée par Anne. Ils sont universels, impalpables (c’est donc de l’énergie) au service de l’épanouissement de l’être. Les besoins ne sont pas des actions ou des stratégies, soit on ne peut pas faire ou toucher ceux-ci.

Elle remet également un petit fascicule qui récapitule l’ensemble des informations transmis dans ce cours d’introduction.

La passion et l’enthousiasme offerts par Anne, exaltent l’attention de tous. Le temps passe trop vite, et le vendredi soir trop tôt arrivé, désole l’assemblée. Mais chacun se réjouit de la seconde journée, même que c’est un dimanche. Selon le plan du cours, Anne nous rappelle que cette journée a été consacrée à l’expression de l’un à l’autre. Dimanche nous serons concentrés sur la demande et surtout sur l’écoute de l’autre, après avoir révélé ses sentiments et ses besoins.

Ce beau dimanche d’octobre, je reprends le chemin des écoliers pour retrouver le groupe. La neige a tapissé le Jura et les Alpes. Le soleil brille déjà, le ciel est bleu privé de nuage et les arbres commencent à se charger d’or. Oui, même Max, a fait livrer des roses qui seront distribuées à chaque participante en fin de journée. A tour de rôle, chacun exprime son plaisir qu’il a de retrouver le groupe. Et les sentiments de joie se partagent, le groupe se consolide et les échanges respectueux apportent des éclaircissements solidifiant notre groupe. Anne relance l’intérêt, je dirai, le besoin de nouvelles connaissances. Les deux exemples non échangés du dernier jeu de rôles de vendredi permettent de démarrer la machine CNV.

Le début de la matinée est consacré à la 4ème phase de l’expression, soit la demande.

Après avoir observé, éprouvé ses sentiments et exprimé ses besoins, il est conseillé de formuler une demande. Elle est libre, mais conditionnée par quelques règles essentielles pour continuer la relation avec l’autre.

On demande ce que l’on veut, mais on ne formule pas ce que l’ont ne veut pas de l’autre.

La demande doit être immédiatement réalisable dans le moment présent. Il est bon de signaler que la CNV mentionne que privilégier la relation avant l’objectif à atteindre est plus important.

Trois types de demandes se détachent dans cette phase. En priorité, il est souvent question de reformulation du besoin pour mieux être en lien avec l’autre. La demande peut-être aussi un essai de meilleure connexion pour améliorer la relation. Et enfin, une demande d’action est également proposée. Si l’action est commune dans sa réalisation, elle sera encore plus facile à réaliser.

On fait remarquer que, si une relation est tendue ou conflictuelle, il sera profitable de faire des demandes de connexion avant de faire des demandes d’action – pour être certain que le courant passe entre les deux personnes avant de chercher un changement dans l’attitude ou une solution concrète.

Anne maitrise parfaitement aussi bien le sujet (quand on aime celui-ci, on apprécie et aime aussi en parler) que le contrôle du temps et le bon déroulement de ces journées. Elle agrémente sa théorie par des exemples vivants et surtout propose des jeux de rôles effectués par groupes.

Ces moments sont enrichissants, car ils permettent d’exercer l’écoute. Ces exercices obligent à retourner vers soi, au fond de son cœur, de ses tripes. Il est annoncé que c’est plus compliqué de le mettre en œuvre et de l’appliquer que de le recevoir en cours d’introduction. La preuve est donnée lors de chaque jeu de rôle et c’est la volonté de chacun de vouloir mieux l’exercer après ces deux journées.

Et c’est bien de l’écoute que toute la deuxième journée est consacrée, nous allons parler de l’écoute et de toutes ses formes d’écoute. L’écoute se déclenche par un facteur déterminant au moment de l’échange. L’un essayera de percevoir le sentiment et le besoin assouvi ou inassouvi chez l’autre. La première essayera de vérifier ces impressions auprès de l’autre.

Pour mieux distinguer les formes de l’écoute, la CNV parle de langage ‘chacal’ et langage ‘girafe’. Et on sent bien que la démonstration physique d’un exemple est essentielle dans le passage de la connaissance lors d’une formation et même en plus si c’est le passage de la connaissance sur la communication non violente. Car il est difficile de s’imaginer une discussion.

Anne s’équipe donc de deux marionnettes et d’oreilles en peluche pour bien différencier les différentes manières de définir l’écoute.

Trop souvent, car l’habitude, le manque de connaissances de la CNV et la vie stressante, c’est une écoute ‘chacal’ qui est utilisée. Soit l’échange d’informations se servant de son mental : il a tort ou il a raison’. La CNV nous apprend et permet de consacrer du temps pour l’échange et l’écoute du cœur, soit l’écoute ‘girafe’. La girafe pleure souvent, soit de joie, soit de tristesse.

Reprenant l’exemple de Marshall, Anne mentionne qu’il n’est pas satisfait de son besoin de manger si après avoir bien mangé lui-même et sachant que dans le monde, une grande partie des hommes n’a pas ce besoin essentiel assouvi.

Il y a l’écoute ‘chacal’, les oreilles tournées vers l’autre : habitué par les croyances, les règles et les institutions séculaires, les paroles échangées sont agressives, culpabilisatrices. Alors, il est en colère, agressif et veut à tout prix se justifier, se défendre.

Il y aussi l’écoute ‘chacal’, les oreilles tournées vers soi : à cet instant, il se voit en tort, se renferme, culpabilise, devient honteux, ne s’aime plus et perd confiance en lui-même.

Heureusement, il y a l’écoute ‘girafe’, l’écoute qui vient du cœur (la girafe est l’animal qui a le plus gros cœur permettant de faire circuler le sang jusqu’à la hauteur de sa tête).

Cette écoute ‘girafe’, les oreilles tournées vers soi, elle ne provoque pas de réaction de jugement, ni de reproche pour soi, mais permet surtout de trouver et reconnaître ses propres besoins inassouvis ou comblés, dans ce moment présent.

Si les oreilles de la girafe sont tournées vers l’autre, c’est une assurance d’être mieux en connexion, une écoute empathique qui renforce la relation et permet de continuer un échange commun, formateur, profitable, sans percevoir ni de jugement ni reproche, mais permettant de deviner les besoins vraisemblables de notre interlocuteur.

Il est nécessaire de savoir aussi qu’il est indispensable de reconnaître ses besoins, mais il n’est pas toujours nécessaire de les satisfaire.

Dans un schéma de l’expression et de l’écoute soit une discussion qui recense un conflit entre deux personnes, il n’est pas nécessaire que l’autre soit un adepte de la CNV. Il y aura enrichissement de la relation, qui ne sera pas bloquée. Elle pourra continuer son processus lorsque l’un par son mental se rend compte du besoin de l’autre et que l’autre ressente également le besoin de son interlocuteur.

Anne nous apprend que si ces dernières conditions sont concrétisées, la demande qui suit dans le conflit présent a de grandes chances de s’accomplir plus facilement. C’est logique et simple puisque tout le monde a les mêmes besoins qui sont universels. Ceux-ci n’ont pas la même manière de les assouvir et peut-être pas en même temps.

En fin de journée, surpris de ne pas avoir vu le temps passé, chacun était triste de partir et de voir le groupe se séparer. Après les traditionnels, mais non moins sincères remerciements de chacun plein de reconnaissances envers Anne. Anne a tenu d’exprimer sa gratitude envers nous et nous à féliciter de l’attention de chacun. Nous nous sommes embrassés et nous nous sommes serrés les uns les autres dans des accolades pleines d’amitié et de sentiments régénérateurs, en étant persuadés tous que nous nous reverrons un jour.