A l'occasion des prochaines rencontres de l'ESS, voici un court point historique et compréhensif sur l'ESS en Europe (extraits d'une étude en cours de publication).
L’économie sociale et solidaire trouve ses origines modernes en Europe au XIXe siècle, dans les sociétés de secours mutuel et les coopératives, qui constituaient des formes de défense et de solidarité des ouvriers et des artisans confrontés à la violence sociale de la révolution industrielle. Elle s’est diversifiée au cours de la 2e moitié du XIXe siècle et du XXe siècle, en coopératives de consommation, de production, de crédit, mutuelles d’assurance, etc. Ces organisations, puissantes en Europe de l’Ouest, représentent au moins 8% du PIB et 10% des emplois. Elles sont complétées par une deuxième vague d’initiatives solidaires depuis les années 1970, en réponse aux nouveaux bouleversements de l’économie dans le contexte de la mondialisation. Ces initiatives s’expriment à un niveau plus local. Il s’agit des systèmes d’échange local, des initiatives d’insertion par l’activité économique, de la finance solidaire et finalement du commerce équitable qui fait le lien avec les producteurs du Sud.
Les initiatives socio-économiques sociales et solidaires se traduisent aujourd’hui à plusieurs niveaux :
- au niveau du citoyen, la consommation responsable refait surface, et s’affirme comme une tendance éthique émergente. Elle trouve pourtant son origine en Europe dès la fin du XIXème siècle, dans les idées et l’action de personnes comme Charles Gide.
- au niveau interpersonnel, les circuits courts et les systèmes d’échange locaux se développent et apportent une solution à la pénurie de moyens financiers dans une population qualifiée.
- les collectivités territoriales et des institutions prennent depuis plusieurs années leur part de responsabilité, par la réforme des codes des marchés publics, les achats publics éco-responsables, et de nouveaux critères de subventionnement des activités économiques.
- Les entreprises privées ne sont pas en reste, et s’impliquent toujours davantage dans la notion de « responsabilité sociétale des entreprises ».
Nous commençons aujourd'hui par les pratiques individuelles responsables et solidaires.
a-Les circuits courts producteurs-consommateurs
Les circuits courts producteurs-consommateurs permettent de réduire l’importance et le poids des acteurs économiques intermédiaires, pour trouver une relation plus directe entre producteurs et consommateurs. En Europe, comme en Amérique du Nord ou au Japon où elles ont été initiées, ces pratiques concernent principalement les relations entre des consommateurs citadins et des agriculteurs, mais le modèle s'étend à d'autres types de production. L’objectif de ces pratiques sont : le maintien d’une agriculture paysanne, la souveraineté alimentaire de chaque région, la santé, le développement des liens sociaux, l’éducation à l’environnement et à la citoyenneté et la lutte contre l’exclusion.
En Italie, les GAS (groupements d’achats solidaires ou coopératives de consommateurs), font des commandes groupées pour bénéficier de prix plus intéressants sur des produits bio ou de grande qualité. En France, les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) forment un réseau national autour de l'agriculture biologique et connaissent une croissance rapide depuis le début des années 2000. En Angleterre, et dans le monde anglo-saxon, ces pratiques sont connues comme « Community Supported Agriculture ». Le réseau international qui fédère les pratiques agricoles participatives, le plus souvent biologiques, organisées à la demande des consommateurs, est le réseau URGENCI.
En Espagne se mettent en place des « coopératives de services sociaux », répondant aux nouveaux besoins sociaux par une organisation de forme coopérative.
b- La solidarité avec le Sud : le commerce équitable
Né simultanément aux Pays-Bas, au Royaume Uni et aux Etats-Unis, le commerce équitable étend, depuis une cinquantaine d’années, la notion de responsabilité du consommateur aux pays du Sud. Grâce à une présence en grande surface, le chiffre d’affaire du commerce équitable connaît des taux de croissance à deux chiffres dans les années 1990 et 2000. On estime qu’il existe aujourd’hui en Europe plus de 3000 associations locales de commerce équitable, animées par près de 100 000 personnes, essentiellement bénévoles.
Le parlement européen a émis une résolution, en juillet 2006, reconnaissant le bénéfice du commerce équitable pour l’éducation à la consommation par la solidarité avec le Sud et pour la réduction de la pauvreté. La commande publique de produits équitables peut se faire dans le cadre des échanges de coopération décentralisée et aussi dans le simple soutien financier à des filières de distribution équitables déjà existantes.
c- les placements éthiques et l’épargne solidaire
L’Investissement Socialement Responsable (ISR) est un investissement individuel ou collectif effectué selon des critères sociaux, environnementaux, éthiques et de gouvernance d'entreprise sans occulter la performance financière. Des indices sont maintenant utilisés par les fonds en Europe pour mesurer la performance d’ l’ISR, comme le DJSI Europe Composite et FTSE4 Good Europe. L'ISR dépasse en Europe 1000 milliards d’euros, soit 10-15 % des encours européens globaux d’euros dans 9 pays européens.
Les fonds institutionnels prédominent (94%) contre 6% pour les particuliers. Les grandes orientations de l’épargne solidaire restent le développement local ou de pays du Sud, par des programmes de micro-crédits, l’environnement, le social, l’absence de pratiques sociales ou technologiques réprouvées, l’exclusion des entreprises fabriquant des produits nuisibles (tabac, armement, pesticides, etc.). Le choix de l’affectation et l’information donnée en retour permet aux épargnants consommateurs de mieux s’impliquer et de se sentir concernés par l’affectation de leur argent.